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Les astuces de Balzac

Balzac est le maître de la description. On trouve chez lui des mécanismes très intéressants. Arrêtons-nous sur deux d'entre eux.



Un mouvement constant


Dans les longues descriptions, chaque objet décrit mène à un autre. Quand Balzac nous fait visiter un lieu, il nous présente aussi ceux qui le fréquentent, leur histoire, leurs habitudes. Tout est sujet à développement (et les descriptions s'étalent d'ailleurs parfois sur des dizaines de pages). Une matière, une couleur peuvent nous dire quelque chose de celui qui la porte... et Balzac nous guide ainsi d'un objet, d'un sujet à un autre, dans un mouvement constant qui garde le lecteur en haleine.



Cette mécanique facilite la lecture, car le lecteur suit un chemin logique dans lequel il n'a pas à faire d'effort. Il se laisse guider par le mouvement.



Une description en trois coups d'œil


Si vous l'avez, ouvrez le livre "La cousine Bette". Pour nous présenter le premier personnage qui apparaît, Balzac utilise trois regards.


▶️ D'abord celui du narrateur, qui nous décrit un gros homme de taille moyenne, en uniforme de capitaine, au teint rougeaud et à la figure joufflue. Balzac énonce ici des faits objectifs : traits physiques, démarche, vêtements.


▶️ Ces faits sont complétés par le regard de l'époque (et du lieu). Balzac introduit un jugement propre à la mode, la culture, la politique de l'époque en question. Dans les premières lignes, par exemple : "Dans le nombre de ces Parisiens accusés d'être si spirituels, il s'en trouve qui se croient infiniment mieux en uniforme [...]".

Les personnages sont ancrés dans un espace-temps très précis. On sent le poids du jugement populaire : le capitaine "respirait un contentement de lui-même", il a "des gestes dont la franche lourdeur a toute l'indiscrétion d'un acte de naissance".


▶️ Le troisième regard est celui des autres personnages. A la deuxième page, Balzac nous parle des portiers de Paris, qui "ont le coup d'œil savant, ils n'arrêtent point les gens décorés, vêtus de bleu, à démarche pesante ; enfin ils connaissent les riches." Ce regard complète et se confond parfois avec celui de l'époque, et il peut être plus ou moins appuyé selon les descriptions.


A ce stade de la description, on ne connaît encore rien du personnage en question. Le narrateur ne nous a pas encore raconté sa vie, ses titres, ses heures de gloire et ses misères. Pourtant, on se fait déjà une opinion très claire de ce capitaine bourgeois.



Cette technique permet d'aller beaucoup plus loin qu'une description physique. Elle accompagne le lecteur dans une ambiance forte, complexe, où les regards s'entremêlent, se complètent et se contredisent.

Elle favorise l'émergence d'émotions et de sentiments positifs ou négatifs chez le lecteur.



Deux techniques très intéressantes, donc, pour emmener le lecteur où nous voulons !

Balzac a influencé mon style. Comprendre ces mécanismes m'a aidée à prendre du plaisir à la description. Il n'y a en effet rien de très drôle à décrire physiquement des personnages ou des décors. Pour que la description soit intéressante, il faut y laisser son empreinte... Et s'y amuser !


Si cet article vous intéresse, faites-le moi savoir en likant et en partageant, car j'ai encore quelques astuces de Balzac à partager avec vous.

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© 2020 Margot de Jubécourt

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